LA DÉCONSTRUCTION DU DISCOURS EXTRÉMISTE

© Éditions UmFrance

ISBN : 978-2-9564557-0-7

Dr. Ahmed Abbadi

Éric Geoffroy

Nous savons que l’usurpation et l’instrumentalisation de la religion opérées par les les extrémistes et les terroristes se réclamant de l’islam depuis quelques décennies se nourrissent du terreau de l’ignorance. Ignorance souche des sources de l’islam, de la nécessité de les inscrire dans leur contexte socio-historique, du pluralisme si nuancé de l’exégèse de ces textes, de la polysémie si riche de la langue arabe, et en particulier de celle du Coran et du Hadith. Non, ces gens-là prennent l’islam en otage, en inversant littéralement ses valeurs premières, et en imposant une pensée unique; soit tout le contraire des «bienséances de la divergence » (adab al-ikhtilâf), pratiquées au cours des siècles entre les oulémas de diverses tendances. La religion, lien vertical entre l’être humain et son Seigneur, est devenu une idéologie bassement horizontale.

Au Maroc, la «Ligue muhammadienne des oulémas» sait tout cela, elle qui initie ici une série consacrée aux rapports entre «l’islam et le contexte contemporain». Plusieurs cahiers sont ainsi destinés à « déconstruire le discours extrémiste ». En effet, il ne suffit pas de condamner la pensée et les actes des « extrémistes » ; il faut chercher les causes profondes et diverses de leur pénétration auprès d’un certain public. Bref, il faut faire œuvre de psychologie, c’est-à-dire tenir compte des frustrations, et des «traumas» comme on dit maintenant, qui amènent des individus à agir de façon aberrante dans leur environnement humain. Sont bien sûr évoqués ici la chute de l’Empire otto- man, il y a un siècle, face à l’hégémonisme grandissant de l’Eu- rope, le colonialisme européen, et la politique américaine qui a suivi; mais aussi la corruption de maints régimes du monde musulman, l’incompétence des élites civiles, et le manque d’adaptation des responsables religieux aux contextes contem- porains qui changent très vite. L’hydre incontrôlable que repré- sente Internet est aussi étudiée de près, ainsi que la séduction facile qu’elle opère notamment chez les jeunes. L’auteur de l’ar- ticle, le Dr. Ahmed Abbadi, tire les leçons de cette post-moder- nité, et cherche des solutions concrètes pour intervenir sur les terrains mêmes où s’ébauchent les discours extrémistes, fruits pourris du manque de repères et du nihilisme ambiants.

Je pense aussi, en effet, que l’action se situe dans le champ de la psychologie sociétale – pour ne pas parler de psychiatrie… On ne peut former le public aux valeurs universelles et positives de l’islam, que s’il peut au préalable entendre ce message. Si sa grille de vision du monde est brouillée par la misère, la frustration et le sentiment d’injustice, il cherchera coûte que coûte à forcer les sources scripturaires de l’islam pour y trouver la violence et la haine. Celles-ci, en effet, agissent comme un miroir de nous- mêmes, de notre état intérieur.

Souhaitons donc à ce texte et à ceux qui vont suivre qu’ils aient une influence concrète sur le terrain, et qu’ils s’accom- pagnent de relais, ici ou là, indispensables à la réalisation des objectifs pointés ici.

LA DÉCONSTRUCTION

DU DISCOURS EXTRÉMISTE Série : L’Islam et le contexte contemporain

بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Le Premier thème de recherche :

Importance de la conscience du contexte

Tout être humain, individuellement ou collectivement, porte en lui un ensemble d’éléments subjectifs et objectifs qui forment le contexte dans lequel il vit. Traiter avec lui en négligeant des éléments de son contexte ne peut en aucun cas permettre de prendre en considération tous les facteurs qui l’influencent.

Si nous prenons, à titre d’exemple, la manière d’aborder un discours, le fait de ne pas avoir en vue les éléments du contexte psychologique [du récepteur] affecte ce discours d’une certaine défaillance, car il empêche de toucher sa cible. En effet, c’est le fait de considérer le contexte psychologique de la personne à laquelle on s’adresse qui doit déterminer la façon dont le discours sera formulé, afin qu’il soit compréhensible et qu’il entraîne l’in- teraction qui mène à l’adhésion attendue.

Le fait de ne pas considérer le contexte intellectuel de la cible dans ses différentes dimensions, empêche le discours de répondre à ses attentes et à ses espérances. Il en va de même concernant les effets de la méconnaissance des contextes économiques, poli- tiques, locaux et globaux sur ce discours.

Il y a un certain nombre d’indices qui révèlent l’intérêt qu’ac- cordaient les musulmans au contexte. Parmi les plus importants, relevons l’effort fourni par le Prophète r en vue de transmettre les textes révélés aux gens de Médine, ainsi que la prise en consi- dération par Ibn ‘Abbās du contexte psychique de celui qui lui demandait : « Est-ce que celui qui commet un meurtre peut se repentir ? » Il a répondu par la négative à celui dont les traits du visage montraient une détermination à tuer et qui cherchait une autorisation, alors qu’il a ouvert la porte du repentir à celui qui avait déjà commis un meurtre et qui cherchait le pardon.

Les savants musulmans ont été les pionniers dans l’utilisation des mécanismes d’investigation pour comprendre aussi bien le contexte intérieur (le Texte coranique et la Tradition prophé- tique) que le contexte extérieur (la situation des gens et la néces- sité d’interagir grâce à des mécanismes scientifiques et méthodologiques).

Ils ont relevé plusieurs clés et mécanismes qui permettent de comprendre le contexte afin d’éviter le désarroi et la confusion (iltiyāth1) :

1. Terme emprunté au livre Ghiyāth al-umam fī iltiyāth al-zulam de l’imam al- Juwaynī (m. 478/1085).

Importance de la conscience du contexte 15

  • La conscience du contexte psychologique de l’interlocuteur, afin que le discours soit adapté à son état psychologique et qu’il réponde à ses besoins. (Exemple : l’expérience d’Ibn ‘Abbās avec celui qui l’a questionné à propos du repentir suite au meurtre.)
  • La conscience du contexte intellectuel et cognitif,en se représentant la capacité de compréhension du récepteur pour éviter la d’apparaître, pour lui, étrange et énigmatique.
  • La conscience du contexte matériel et social, et ce, en assimilant les forces et les modèles sociaux, et en connaissant les caractéristiques des relations entre les membres de la communauté. L’étude de la méthode adop- tée par le Prophète r afin d’ancrer la révélation dans les cœurs est une aide en ce sens si on prend en compte la différence entre :
    • *  le contexte dans lequel le Prophète r transmettait les textes.
    • *  le contexte psychologique et social dans lequel s’insé- rait ce discours.Il faut, en effet, identifier les différences entre ce contexte particulier et le contexte prophétique afin de procéder aux adaptations appropriées.Le discours des groupes extrémistes se détache clairement de toutes les considérations ci-dessus, mais cela ne lui fait pas perdre sa capacité à influencer et pénétrer les esprits, ce qui nous a incité au sein de la Ligue Muhammadienne des Oulémas (al-rābiṭa al-muḥammadiyya lil ‘ulamā’) à nous pencher sur ce discours dans ses supports écrits, audio et audiovisuels. À travers l’analyse et la déconstruction de ce discours, nous tentons de comprendre les éléments qui lui permettent d’avoir un tel effet, qui entraîne aussi bien les jeunes que les adultes, les hommes ou les femmes, vers la déviation et la sédition.

Le résultat de ce travail montre que ce discours tire son attrait de rêves et de blessures, ainsi que de présumés arguments légaux. S’ils ne font pas l’objet d’un tri et d’un discernement, ceux-ci prévaudront encore comme une source de confusion et de séduction.

Le deuxième thème de recherche :

Les résultats de la déconstruction du discours extrémiste

1. LES QUATRE RÊVES 1.1. Le rêve de la pureté

De nombreux réformateurs ont élaboré à la fin du XIXe siècle le rêve de la pureté, de sorte que leurs diagnostics des crises vécues par la communauté à cette époque les a menés à une conviction selon laquelle la sorite de ces crises ne pouvait être atteinte que par un retour aux sources fondatrices (uṣūl).

Cependant la mise en œuvre de ce rêve – légitime – a dévié vers des tendances aux conséquences imprévisibles, telles que l’invitation à abandonner les écoles traditionnelles de l’islam, la diffusion d’une parole telle que « nous sommes des hommes et ils sont des hommes » pour passer outre aux efforts des précédents savants, ainsi que la prétention selon laquelle la jurisprudence islamique (fiqh) est fondée sur des arguments qui n’ont pas été adoptés selon une démarche scientifique appropriée. Ces gens-là détournent également la parole de l’imam al-Shafi‘ī qui disait : Si le Hadith est authentique, je l’adopte2, sans prendre en considération le contexte juridique, qui était pourtant clairement présent dans les écrits de l’Imam al-Shāfi‘ī lui-même.

Bien qu’à cette époque des impératifs stratégiques de certaines grandes puissances, qui cherchaient à affaiblir l’Empire ottoman, aient été derrière ces tendances, la réalité des différentes écoles islamiques, ainsi que celle de la pratique religieuse dans le monde musulman exigeaient et exigent toujours des travaux critiques, ce qui fait partie de la dynamique rénovatrice de la religion pour plusieurs raisons :

• La pratique religieuse exige une formation continue de ceux qui la portent pour répondre à la loi de la succession des générations, entraînant oubli, intrusion ou plagiat, ce dont le Prophète r nous a avertis :

Cette science sera portée par les gens sincères de chaque génération, ils la protégeront de la falsification des extrémistes, de l’usurpation des dénégateurs et de l’interprétation des ignorants3.

2. L’imam al-Subkī a écrit un livre intitulé Ma‘nā qawl al-imam al-maṭlabī idhā ṣaḥḥa al-ḥadīth fa huwa madhhabī dans lequel il commente cette expression.

3. Cité par al-Bayhaqī (248) et mentionné par Ibn ‘Asākir dans Tārīkh Dimashq 2/233.

Les résultats de la déconstruction du discours extrémiste 19

  • La nécessité de la mise en relation permanente des textes et des contextes perpétuellement changeants. Cela exige une actualisation continue. Ce travail d’actualisation a connu des arrêts fréquents au cours de plusieurs périodes de l’histoire à cause de la déperdition de l’effort d’interpré- tation des données de la Révélation (ijtihād).
  • Les aliénations civilisationnelles ou culturelles, qu’on a pu observer pendant les campagnes napoléoniennes ou plus tard pendant la période coloniale, ce qui nécessiterait une série de traitements scientifiques et cognitifs précis, dont il faudrait refondre les méthodes, les structures et les objec- tifs de la négation et de la lecture superficielle dont on a gouté les fruits amers.En somme, la diffusion de ce rêve de pureté promu par les groupes extrémistes a abouti à attirer beaucoup de gens bien intentionnés qui ne connaissent pas la réalité des choses et les exigences d’un travail mûrement préparé dans ce très important chantier. Tout cela demande une réaction et un effort sérieux et urgents.1.2. Le rêve de l’unitéLa chute du califat Ottoman en 1924 apparut comme brus- que, alors que ce n’était pas le cas, car ses signes s’étaient mani- festés clairement à l’horizon bien avant. Un certain nombre de territoires, en effet, étaient abandonnés à leur sort, en raison du ralentissement de la réception des «firmans» en provenance de la Porte Sublime à Istanbul, là où les affaires de ces régions étaient gérées par les pachas.

Le sentiment des peuples de ces territoires, après la déclaration de la fin du califat ottoman, était semblable à celui des orphelins à la mort de leur père. Les efforts de beaucoup de réformateurs ont été mus par ce sentiment. Leurs diagnostics en ont été affec- tés. Ainsi, ils ont brandi le slogan de la reconstruction du califat, avec la conviction quasi certaine qu’elle était le remède à tous les maux et toutes les maladies (Le père est mort, cherchons le père !), ignorant la nécessité d’une construction préalable des conditions scientifiques, matérielles et institutionnelles d’un califat.

La communauté musulmane a couru pendant de longues périodes derrière un ensemble de mirages en rapport avec ces affaires. Des gens se sont faufilés à travers la porte de ce rêve pour attirer les jeunes. Mais l’échec de toute réalisation a, à son tour, suscité maints désespoirs qui ont permis aux courants de discorde de s’affirmer. Cette situation a induit les effets dévastateurs dont nous sommes témoins aujourd’hui.

1.3. Le rêve de la dignité

Suite à de longues périodes de souffrance à différents niveaux, la majorité des jeunes du monde arabe se sont impliqués pour réaliser le rêve de la dignité à travers ce qui fut connu comme le printemps arabe. Mais il est facile de constater la non-réalisation de ces objectifs, ce qui, une nouvelle fois, a engendré des états d’amertume et de frustration chez la jeunesse qui s’était accro- chée à ce troisième rêve.

Les résultats de la déconstruction du discours extrémiste

1.4. Le rêve du salut

Cela s’est forgé en diffusant l’idée du «groupe sauvé» (al-firqa al-nājiya) et de «la communauté secourue» (al-ṭā’ifa al-manṣūra), selon laquelle tout ceux qui ne font pas partie de ces groupes vivent dans l’erreur, et leur sort est la perdition. Des slogans et des interprétations ont été promus en ce sens par les extrémistes, en utilisant un réseau de concepts qui servent ce rêve.

La nature géoéconomique, géostratégique, géo-ethnique, ainsi que géo-religieuse du monde arabo-musulman en particulier, et musulman en général, fournit suffisamment d’ingrédients pour alimenter les feux de guerres fondées sur la religion ou sur une appartenance sectaire ou tribale, en l’absence de la qualification nécessaire et des capacités de discernement et de gouvernance. Cette situation est parvenue à un point tel que certains analystes pensent que le début de ce qui est appelé la «guerre de la qua- trième génération» est imminent, étant donné la faiblesse des élites politiques, l’ambiguïté ou la banalité de leurs programmes, ainsi que le contexte de désintégration et la faiblesse des systèmes d’éducation, de formation et d’information, sans oublier l’explo- sion démographique non cadrée et le fait que la majorité de la population du monde musulman est constituée de jeunes hommes au chômage, ayant une connexion internet orientée, et un accès à une énorme quantité de chaînes satellites. Notons que certaines forces, voient, en raison de la richesse de certaines régions du monde musulman, une opportunité pour tirer profit à la fois sur le plan économique et idéologique de la guerre de cette qua- trième génération.

La déconstruction du discours extrémiste

1.5. Les dix blessures

Notre déconstruction du discours des propagandistes a conduit à l’identification de dix éléments principaux, présents de manière récurrente dans leurs paroles :

  • Premier élément : la théorie du complot et la volonté de désagrégation de l’unité islamique, ainsi que le complot en vue de faire chuter le califat ottoman en 1924. (Notons que le Maroc s’est distingué, dans son histoire, par son système de califat particulier).
  • Deuxième élément : le colonialisme et ses formes d’agres- sion : en Algérie seule, un million cinq cent mille personnes ont été tuées, au Maroc des dizaines de milliers de morts, ainsi qu’en Tunisie, en Libye, en Égypte, en Inde, etc.
  • Troisième élément : l’implantation mal venue de l’État d’Israël, qui a provoqué un climat de haine dans la région.
  • Quatrième élément: les «deux poids deux mesures»: quand il s’agit de l’Irak ou de l’Iran, le monde se révolte, etquand il s’agit d’Israël personne ne réagit.
  • Cinquième élément : le dénigrement que subissent lesmusulmans dans les médias occidentaux audiovisuels,écrits et électroniques.
  • Sixième élément : les cocktails irakien, afghan, bosniaque,birman, centrafricain, etc.
  • Septième élément : le pillage de la richesse du mondearabo-musulman.
  • Huitième élément : l’invasion intellectuelle et morale denos pays, destinée à séduire et à assimiler. Cela génère un

Les résultats de la déconstruction du discours extrémiste

langage qui appelle au soulèvement et qui permet d’en-doctriner les jeunes.

  • Neuvième élément : la présentation dévoyée de la géogra-phie et de l’histoire.
  • Dixième élément : le fait de brûler le Saint Coran et d’in-sulter le Prophète r.Ce sont des éléments dont l’analyse ne saurait être négligée et auxquels il faut fournir les bonnes réponses, sinon ils continueront à être instrumentalisés par ceux qui appellent à la discorde, la fragmentation et aux conflits.Il est important de souligner que ces éléments ne sont généra- lement pas présents dans leur ensemble dans un même discours, mais ont été extraits en se référant aux écrits des groupes extré- mistes, leurs enregistrements, leurs sites et les différentes plate- formes à travers lesquelles ils diffusent leurs discours. Il s’agit, sans aucun doute, d’éléments qui contiennent une part de vérité, et auxquels la communauté internationale et les Nations Unies doivent apporter un traitement fondé sur l’équité et la réconcilia- tion internationale. Cela permettrait de tourner les pages dou- loureuses du passé, et de commencer une nouvelle vie commune, fondée sur la connaissance d’autrui et la coopération, contribuant ainsi à l’amélioration de la qualité de vie sur notre maison com- mune : la planète Terre. Cela constitue évidemment un chantier civilisationnel qui nécessite un effort clairvoyant.
Le troisième thème de recherche :

Les terrains favorables à l’extrémisme religieux et sectaire dans les communautés musulmanes

Notre contexte régional actuel se distingue par un certain nombre de caractéristiques négatives qui constituent une sorte de matelas sur lequel repose l’extrémisme religieux et sectaire.

Les caractéristiques les plus importantes peuvent être divisées en trois catégories

1. LA PREMIÈRE CATÉGORIE : UNE ÉLITE INCOMPÉTENTE

a. Les élites du monde arabe sont, à l’exception de quelques pays bien connus, à moitié instruites, et la part des valeurs positives et des vertus constructives qui les habitent est insuffisante. Ce sont des élites attachées à l’argent, au

b.pouvoir et aux honneurs, malgré l’absence des conditions de mérite en tout cela. Ces élites incarnent malheureuse- ment l’omniprésence de la corruption et l’échec de la gouvernance.

Dans l’ensemble, ces élites n’accordent pas assez d’impor- tance à la science, malgré sa centralité pour le renforce- ment des capacités des individus et des collectivités. La plupart de ces élites, sauf exception, se basent, dans la direction des affaires de leur pays, sur le clientélisme, le profit et l’exploitation, et non sur la compétence et le mérite. Beaucoup de jeunes du monde musulman se sentent donc marginalisés, ne reconnaissent pas ces élites et leur montrent de l’hostilité.

c.L’absence chez ces élites d’une vision de développement efficace, d’un style authentique et d’une personnalité de leader. On constate également chez de nombreux membres de cette élite, une amnésie et une atrophie de la volonté, ce qui fait que les bonnes idées surgissent et dis- paraissent aussitôt, par manque de conditions de récepti- vité et de mise en œuvre.

2. LA DEUXIÈME CATÉGORIE :

UNE VIOLENCE PHYSIQUE ET MORALE

a. L’éclatement d’une violence sans précédent dans le monde musulman qui n’a exclu aucune forme d’armes, habituelles et inhabituelles, utilisées par des citoyens d’une même nation, les uns contre les autres, au nom de la religion et de la religiosité. Cette violence a acquis, au Moyen-Orient

Les terrains favorables à l’extrémisme religieux et sectaire dans les communautés musulmanes 27

en particulier, une sorte de continuité et de durabilité, qui l’a tristement rendue semblable à une situation normale dans laquelle il serait possible de vivre.

b. La profusion, bien connue, d’un grand nombre de fatwas qui accusent de mécréance, de perversion et d’innovation blâmable. Les textes religieux, qui sont censés former un consensus, sont devenus une source de conflit et un outil de manipulation. Le meurtre a ainsi été rendu licite, et il n’y a plus de place pour la légitimité de l’ordre, le res- pect de la sécurité collective et pour éviter la destruction de l’autorité. Sous le prétexte de l’ « interdiction du mal », le mal le plus terrible et le plus infâme a été commis, les assassinats et la spoliations des biens d’autrui justifiés.

3. TROISIÈME CATÉGORIE :
LA FAIBLESSE DES INSTITUTIONS DES OULÉMAS

  1. L’absence d’un nombre suffisant de savants modèles, modérés et impartiaux, possédant une autorité morale, une crédibilité, une sagesse, et vers lesquels on peut se diriger pour résoudre les problèmes et dissiper les contestations.
  2. La faiblesse des institutions et des foyers qui éduquent et forment des savants dotés de maîtrise et de capacité, pour affronter les discours qui nourrissent les rancunes et qui menacent les pays de la région d’une désintégration ethnique. N’oublions pas, dans ce tableau, la faiblesse de l’auto-immunité de ces institutions, car celle-ci permettrait de faire face aux conspirations et aux cupidités.

       c.La diffusion de conceptions littéralistes et fragmentaires, qui négligent la compréhension profonde du Texte et la prise en compte des contextes et des coutumes, et qui sont en rupture complète avec la vision des            finalités et des aboutissements. Ce sont des conceptions déracinées de la terre des finalités fondamentales de la Loi, des règles de la Révélation et de leur application.

À partir de ces symptômes négatifs et d’autres qui n’ont pas été mentionnés ici, le terrain s’est divisé entre plusieurs déviations permettant à ceux qui ne sont pas dignes de parler au nom de la communauté de s’installer. Ajoutons à ces caractéristiques une série de données factuelles qui a meublé notre histoire contempo- raine et moderne, et laissé des blessures dans la mémoire collec- tive. Ces blessures ont été utilisées pour mobiliser les canaux de l’extrémisme et de l’égarement, à travers leur diffusion dans les réseaux sociaux et les divers écrits de ces groupes extrémistes, ce qui appelle à une étude prudente et urgente.

Le quatrième thème de recherche :

Des clés de la déconstruction des discours de discorde et de scission

À propos de la nécessité de déconstruire les discours qui incitent à la discrimination et la haine au nom de l’authentique religion qui est, en vérité, innocente, certains facteurs appa- raissent à l’horizon:

  • Premièrement : la nécessité d’identifier les messagers de ces discours, leurs origines et les éléments des visions qu’ils émettent, afin de préparer les éléments de réfutation d’une manière efficiente.
  • Deuxièmement : se focaliser sur les supports du discours, audio, audiovisuel, numérique ou écrit, pour les affronter sur le même terrain.
  • Troisièmement : se focaliser sur la nature des récepteurs du message : sont-ils neutres ? Partagent-ils les mêmes

convictions ou sont-ils partagés? Ceci afin de remplacer les effets de la rhétorique extrémiste dans leur esprit et leur vécu par les bons arguments et de la manière la plus appro- priée. À cet égard, il faut se questionner sur les formations disponibles pour nos chefs religieux : leurs acquises les qualifient-elles pour mener à bien ce qui précède ? Ont-ils ce qui est nécessaire pour la réingénierie de ces formations afin de répondre à cette exigence ?

  • Quatrièmement : déterminer l’impact des détenteurs de ce discours, les concepts qu’ils utilisent et les domaines dans lesquels ils agissent, afin de préparer les modes de réponse appropriés, déconstruire les discours de discorde et de haine. Il faut bien comprendre que le champ de bataille par excel- lence se situe, comme on l’a vu plus haut, sur les réseaux du web, car ils offrent la possibilité d’authentifier facilement ces messages destructeurs par un simple clic sur le bouton «j’aime». Ainsi, des dizaines puis des centaines de milliers d’endossements sont récoltés et font que le discours devient évident, ce qui le qualifie pour pénétrer les canaux collectifs, les frontières, les communautés et les tribus numériques. Ce fait constitue un vrai danger dont il faut nécessairement se prémunir.
  • Cinquièmement : faciliter les moyens de dialogue avec les cibles – principalement les jeunes – et faire en sorte que le discours prenne en compte leur psychologie et leurs méthodes de communication, pour ne pas s’éloigner de leur fonctionnement, et être ainsi rejeté par eux. Soulignons que le mécanisme le plus efficace, en ce sens, est celui de l’éducation par son pair, car on est plus influent face à son homologue. Ce mécanisme nécessite de bien déterminer les aptitudes et les compétences des candidats à ces rôles, afin de protéger leurs homologues de toutes sortes de failles auxquelles ils sont exposés.
 
  • Sixièmement : il y a nécessité de travailler sur la dimension symbolique, car les messages nourris par la force des sym- boles sont plus efficaces et plus aptes à influencer.
Le cinquième thème de recherche :

De la nécessité de déconstruire la terminologie employée dans le discours extrémiste

Les mots sont des êtres qui vivent dans le texte. Ainsi, si l’on veut traiter d’un terme particulier, il est nécessaire de l’étudier comme on étudie un être vivant dans tous ses états : son origine, son développement, comment agit-il individuellement et collecti- vement? Quelles sont ses relations, ses contenus, ses dérivés? Il faut donc dresser la liste de tous les mouvements de ce terme dans son domaine avant d’être capable d’en parler avec la précision requise.

Il est nécessaire de suivre le terme dans les différentes citations, pour connaître ses utilisations et pour être en mesure de détecter les déviations d’emploi – volontaires et involontaires – et les corriger.

Le terme jihād, par exemple dépend des contextes d’utilisa- tion. On ne peut aucunement parler de jihād d’une manière exhaustive, car il s’agit d’un concept dont les manifestations et les interprétations dépendent du contexte dans lequel il est utilisé. Quoi qu’il en soit, le point commun entre tous les cas d’utilisation du mot jihād est le sens de « l’effort » (al-mujāhada) et le fait de ne pas choisir toujours la facilité et le confort. Pour le combat et l’ef- fort de guerre, c’est le terme Arabe « quital » qui est souvent uti- lisé dans le coran. Dieu dit dans ce sens : Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous. C’est Dieu qui sait, alors que vous ne savez pas4.

Soyons donc clairs : l’institution de l’imamat c’est à dire l’auto- rité suprême ou l’équivalent du chef d’Etat est la seule qualifiée pour déterminer l’heure de ce jihad prescrit, compte tenu de sa capacité à collecter et à analyser les données circonstancielles, et à émettre les jugements nécessaires pour prendre une telle déci- sion, dont les effets s’étendent à tous les élements de la société ainsi qu’aux générations futures. Or, si cette institution ne déclare pas la guerre, il y a toujours la lutte contre l’ego (jihād al-nafs), en vertu de ce verset : Et quant à ceux qui luttent en Nous, Nous les guide- rons certes sur Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants5. Le jihād vise dans ce cas à illuminer l’intellect et la conscience, et à maîtri- ser les sens.

  1. Coran : 2, 216.
  2. Coran : 29, 69.

De la nécessité de déconstruire la terminologie employée dans le discours extrémiste

Sur la base de ce qui précède, il est possible de mesurer la dis- torsion qu’a subie le terme jihād dans le discours extrémiste.

Le même constat s’applique au terme « combat » (qitāl), qui est lié dans le Coran et dans la Sunna du Prophète r à la protection des innocents et des personnes en général.

Ces deux concepts importants selon la vision coranique ont été transformés en une arme à tuer, entre les mains de groupes extré- mistes et fanatiques. Ce détournement de sens ne s’est pas limité aux termes qitāl et jihād, mais s’est étendu à d’autres concepts majeurs en islam, tels la « religion » (al-dīn), la « Loi » (al-sharī‘a), le principe d’ « ordonner le convenable et interdire le blâmable », les notions de « maison de l’islam » (dār al-islām) et de « maison de la guerre» (dār al-ḥarb), l’ «émigration» (al-hijra), la «l’alliance armée» (al-nuṣra), l’État et ses fonctions, la communauté (al-um- ma), les croyants, les musulmans, les liens entre la religion et la nation, le concept de «promesse divine» (al-wa‘d al-ilāhī), le concept de gouvernance, le concept d’autonomisation, le concept de la patrie, et d’autres concepts coraniques.

Évoquer le qitāl et le jihād, ou d’autres termes et concepts cora- niques, sans prendre en compte tous ces facteurs, mène de toute évidence à de fausses interprétations, altérées et fragmentées, comme on le voit aujourd’hui dans le discours des groupes extré- mistes. Un traitement efficace s’impose.

Le sixième thème de recherche :

Comment freiner efficacement ce processus destructeur ?

Après tous ces constats, nous pouvons nous poser la question suivante : y-a-t-il une voie de sortie de cette situation ?

La première des exigences pour parvenir à stopper ce proces- sus destructeur repose sur une compréhension basée sur la décon- struction des faits, l’établissement de liens éventuels entre eux, l’analyse des discours, l’identification de leurs styles, la collecte des données et leur classification. Tout cela est nécessaire afin de proposer des solutions en tenant compte des exigences des contextes local, régional, et mondial.

À cet égard, nous pouvons distinguer trois chantiers majeurs :

1. CHANTIER D’IMMUNISATION SOCIALE

Il commence par l’inventaire de toutes les questions sociales brûlantes : développer la solidarité pour surmonter la souffrance des personnes défavorisées, lutter contre la pauvreté ainsi que contre toutes les maladies et addictions, protéger les exilés et ceux qui ont été déracinés de leur pays d’origine, guider des institu- tions opérant dans ces domaines et renforcer les compétences de ceux qui y travaillent. Puis il faudra viser à mettre sur pied des projets de développement culturel pour les jeunes adultes, dans le but de les autonomiser, ainsi qu’une information constructive et l’aide des institutions de la société civile et de développement humain. Cela nécessite le renforcement des compétences et la construction d’institutions capables de mener tous ces projets avec sagesse et maîtrise.

2. CHANTIER DE CONTENU

Ce chantier permettra d’élaborer des contenus authentiques, équilibrés et tempérés, et de poser solidement les stratégies pour les mettre à la disposition des populations, afin de les immuniser contre les différentes percées intégristes. Ce chantier est le pilier, il doit donc être détaillé :

On remarque aujourd’hui que les modèles d’éducation qui sont organiquement associés aux dimensions numériques et satel- litaires modernes ont installé dans nos sociétés de nouvelles échelles de valeurs et de comportements. Celles-ci ont contribué à façonner la personnalité de nos contemporains d’une nouvelle manière, selon des contenus qui n’appartiennent ni à la région, ni

Comment freiner efficacement ce processus destructeur ? 39

à ses références, mais avec une haute technicité qui les rend très attractifs et difficiles à combattre.

Les statistiques montrent qu’un jeune (de moins de 18 ans) a déjà vu au minimum quarante mille meurtres sur l’écran de la télévision, de l’écran de Nintendo ou de l’ordinateur, et cent mille cas de violence et d’agressions, au maximum.

D’après ces deux statistiques, nos jeunes sont dans la moyenne de la jeunesse mondiale, mais ils se distinguent par le fait qu’ils n’atteignent pas l’âge de dix-huit ans sans avoir entendu parler, à travers les informations, dans la famille ou ailleurs, de centaines de meurtres et d’agressions, dont certains les affectent directe- ment. Pour pouvoir suivre, comprendre et encadrer cette situa- tion dans son ensemble, il faut absolument mener : un réajuste- ment de dimension médiatique, un encouragement à la production de programmes d’éducation et de divertissements alternatifs, et de dessins animés locaux et éducatifs qui portent des valeurs d’enthousiasme et d’optimisme, ainsi que la promo- tion de jeux électroniques constructifs qui peuvent concurrencer ce qui existe sur le marché. Nous devons également réviser les méthodes d’éducation dans notre zone, d’une manière qui prenne en compte les caractéristiques de cette nouvelle matrice de vie, et les défis en termes de formation des enseignants et des respon- sables éducatifs, de préparation des contenus des manuels et des programmes, et d’adoption de moyens appropriés au contexte actuel.

Ce qui précède nécessite également une redécouverte des caractéristiques de la vision coranique sur la vie et les êtres, sur l’homme et de la civilisation, pour que tous les processus de renouveau requis soient en conformité avec cette vision. Cette démarche exige une révision de la formation des savants, dans le domaine religieux et dans tous les autres domaines liés à l’humain.

Cette série d’actions doit être complétée par des unités univer- sitaires actives, des incubateurs de recherche où se réalisent la formation et l’encadrement, et des mécanismes de leur insertion productive dans nos sociétés. Il faudra chercher à assurer à ces personnes leur indépendance, car elles ont le devoir de garantir la stabilité, la cohésion et la dignité de leur pays.

Ce chantier délicat intègre les aspects suivants :

  • L’aspect éducatif ;
  • L’aspect médiatique ;
  • La production de dessins animés et de jeux électroniquespour nos enfants et ceux du monde, afin de développer en eux les valeurs du vivre ensemble et la promotion de la paix ;
  • L’encadrement créatif et interactif des jeunes, en renfor- çant leurs capacités et leurs compétences de vie en géné- ral, ainsi que leurs aptitudes au vivre ensemble et à la consolidation de la paix ;
  • Des approches efficaces et élaborées pour préparer les oulémas à assumer leurs rôles délicats dans leur société.Tous ces aspects nécessitent une formation et une volonté sérieuses.

Comment freiner efficacement ce processus destructeur ? 41 3. CHANTIER DE LA « VULGARISATION »

(TAQRÎB)

Il est probable que le facteur majeur ayant limité l’efficacité et l’utilité de nos systèmes éducatifs dans le monde arabe, est l’ab- sence d’une pratique de la vulgarisation, d’abord au niveau de la vision puis au niveau de l’application6.

La vulgarisation n’existe pas de manière suffisante dans nos approches et nos programmes, tant éducatifs qu’informatifs. La raison la plus évidente en est le manque de compétence commu- nicative et interactive entre l’émetteur et le récepteur dans le domaine de l’éducation, ce qui réduit la vulgarisation à un exer- cice qui ne va pas au-delà de la simplification superficielle de connaissances qui sont ensuite consommées et régurgitées. Cette façon de faire amène le travail de vulgarisation aux limites du bâclage, et confine ses objectifs – s’il y en a – à l’étude théorique sans invoquer la pratique.

Si la vulgarisation méthodologique et constructive ne pénètre pas les modèles cognitifs, on n’aboutira qu’à des modèles fermés, perçus seulement par une élite. Si nous voulons que ces modèles soient accessibles, qu’ils puissent être assimilés et mis en œuvre, et qu’ils soient également aptes à évoluer dans leurs postulats et leurs résultats afin de se conformer aux exigences de l’époque, il est impératif de reprendre la pratique de la vulgarisation, dans

6. Il faut ici rappeler que l’élaboration et la mise en œuvre des systèmes édu- catifs actuels ne sont plus uniquement du ressort de l’école. Ce domaine s’est élargi et est sous-jacent à tous les domaines et secteurs de nos sociétés, dont les membres sont assaillis par les flux d’information partout où ils se trouvent. Le réseau à travers lequel se diffusent des milliards de données et d’informations a enveloppé notre planète.

nos approches et systèmes éducatifs, au niveau de la création, de la théorie et de la pratique, du moyen et de la finalité.

Le sePtième thème de recherche :

L’obligation de concevoir une politique institutionnelle permettant une déconstruction durable et l’élaboration de stratégies de réfutation

Quand nous parlons d’une politique qui nous permet de briser le discours de l’extrémisme dans notre contexte contemporain, nous sommes devant douze éléments extrêmement entremêlés :

  1. la composante visionnaire qui encadre cette politique ;
  2. les stratégies qui vont se ramifier à partir de ces visions ;
  3. les plans qui facilitent la mise en œuvre de ces stratégies ;
  4. les législations visant à établir les cadres et les articulationspermettant de maintenir cette mise en œuvre de manière plus rationnelle; les organisations qui représentent ici une dimension pra- tique et concrète, et qui constituent un autre degré de la mise en œuvre de ces législations;

créer des structures qui permettent la mise en œuvre ; sonder le potentiel humain, puis matériel ;

mesures et procédures ;
réalisations ;
ajustements;
évaluation;
améliorations pour optimiser les visions et les stratégies.

Au vu de ce qui précède, le plus grand défi commun à ces douze éléments est celui de la dimension du contenu [du mes- sage]. En effet, nous ne disposons pas aujourd’hui de contenus équilibrés suffisants, parce que nous n’avons tout simplement pas permis à nos jeunes garçons et filles d’acquérir assez d’expérience pour élaborer ces contenus ! ! Pour y parvenir, nous devons, entre autres :

• Formuler, construire et mobiliser les compétences, pour rendre possible la production de contenus forts et concurrentiels.

• Se focaliser sur la dimension d’ingénierie qui intègre les stratégies, les plans et les maniements. Nous ne parlons pas ici d’ingénierie de bâtiment mais d’ingénierie cognitive, puis d’ingénierie éducative qui manquent dans notre contexte actuel.

• Nous avons besoin de savants pionniers. Le mot savant est ici utilisé dans son sens global et c’est ce que vise le

L’obligation de concevoir une politique institutionnelle renforcement (empowerment).

Il est nécessaire d’investir dans et pour les jeunes pour qu’ils deviennent de tels savants.

  • Outre les savants leaders, nous devons avoir des réseaux intermédiaires en contact avec le grand public. Ce sont les universitaires médiateurs grâce auxquels on pourra affron- ter et détecter les comportements dangereux, au premier rang desquels se trouvent l’extrémisme, le terrorisme et la violence.
  • « L’éducation par les pairs » : parce que les jeunes – on l’a vu plus haut – ont plus d’influence sur d’autres jeunes. C’est ce qu’a montré le cas de «Daesh», comme le montrent l’étude et l’expérience de terrain.
  • Il devrait y avoir une sorte de renforcement dans les domaines et les lieux où se trouvent les jeunes. Nous devons également trouver les contenus qui permettent à ces jeunes de prendre conscience et de jouer un rôle positif, parce qu’ils se sont lassés d’un enseignement qui ne leur laisse aucune possibilité d’implication.
  • Il devrait y avoir un certain nombre d’alternatives qui commenceraient par des dessins animés pour les enfants, portant des visions, des valeurs et un langage compréhen- sible. Nous avons beaucoup de centres de Beaux-Arts dans nos pays, qui forment des centaines de jeunes diplômés chaque année. Or, nous n’en bénéficions pas. Des mesures doivent également être prises pour encourager les diplô- més qui sont déjà présents, et investir en en leurs talents.
  • Des observatoires nationaux des valeurs, car il s’agit d’une priorité absolue.

Nous devons créer des espaces de vie sains, qui proposent des activités pour les jeunes et répondent à leurs aspira- tions, tels que les clubs de cinéma qui développent les com- pétences analytiques et critiques et permettent d’acquérir différentes expériences. Le défi actuel, en effet, est le sui- vant : comment peut-on accompagner notre jeunesse pour qu’elle ne soit pas détournée ou kidnappée par les tribus numériques sous nos yeux ?

Nous espérons voir ces questions dans les programmes des partis politiques et des associations dans nos pays, puisqu’ils représentent la branche opérationnelle légalement autorisée. Cependant, elles doivent au préalable figurer dans nos pro- grammes éducatifs et scolaires.

Et Dieu est le Guide vers la voie de droiture.

UMF FRANCE

L’« Union des Mosquées de France », ci-après dénommé «UMF», est une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901. L’UMF regroupe les « Conseils Régionaux de l’Union des Mosquées de France », au nombre de 13, un par région administrative, mentionnés sous le nom de « Union des Mosquées de la Région, suivi du nom de la région ».